Il fait chaud en ce mois de juillet, je suis fatiguée. Très fatiguée. Chaque jour je me demande comment je vais faire pour continuer à travailler. Et chaque jour, je me fais violence pour repartir.
Le service est difficile. Six patients , tous hospitalisés sous contrainte (contre leur grès). Ils sont mal, très mal. Cinq agités, délirants, dangereux. Mon coéquipier est en congé, je travaille avec d'autres collègues, des femmes qui font parties du pool (elles n'ont pas de poste fixe,elles tournent).Chaque jour j'en ai une différente. Autant dire que la charge de travail et la responsabilité retombe sur ma propre personne. Les nuits sont agitées...pas un ne reste en place.
L'un d'eux me dit un jour, dans un déluge de paroles incompréhensibles :
"Nathalie, je vous aime bien, ....je vous respecte,...vous êtes juste... correcte ...et gentille... mais faites quelque chose...je vous en prie,...je vous reconnais encore...mais bientôt j'ai peur de ne plus le faire...et je ne sais pas de quoi je suis capable...je ne voudrai pas vous faire du mal..."
Sa chambre est tapissée de graphitis faits avec de la confiture et de ses excréments.
Deux autres viennent de prison, l'un pour meurtre, l'autre braquage avec violence, ils présentent des troubles du comportement qui nécessitent une hospitalisation en psychiatrie car il n'y a pas d'obligation de soins en prison. Et une femme, une vraie furie,elle est en pleine phase maniaque (c'est une bipolaire)...
Fin juillet mon collègue revient. Ouf, un homme ça fait du bien. Il en impose, les repères sont différents.
C'est un mâle tout simplement.
Le service reste agité mais les tensions ne sont plus les mêmes .
-nuit du 25 au 26 juillet, dernière nuit avant trois nuit de repos,
26 juillet au matin,je rentre, je me couche, je cherche le sommeil en vain et lorsque je le trouve, un voisin met en route une tronçonneuse qui fonctionnera toute la matinée. Impossible de dormir... Je me lève furieuse et complètement vanée. Je traîne comme un rat mort toute la sainte journée. Le soir arrive, même couchée de bonne heure imposible de trouver le sommeil..., trop de fatigue accumulée...
Finalement ,il arrive ce sommeil salvateur...
Samedi 27 juillet (c'est la Sainte Nathalie) Nous nous réveillons doucement, mon mari se lève nous fait le café et me l'apporte au lit comme d'habitude.
Nous prévoyons de partir pour le week-end, faire un breck, un avant goût des congés...
Se retrouver, loin de tout...
Nous plaisantons, nous appelons les filles ,Pascal va nous rechercher un deuxième café, je m'attarde au lit.
...Ma main ...une sensation étrange, comme endormie ...mon bras,...ma jambe...
" Bouges toi ma fille, allé secoues toi..."
J'appelle aucun son ne sort de ma bouche, la moitié de mon visage est endormi!...
Tout mon côté droit est paralysé !!!
Deux minutes ne se sont pas écoulées !!!
Pascal revient tasses à café à la main! "Qu'as-tu? Tu as mal à une dent ta lèvre est de travers?!"
Seul un cri roque sort de ma bouche, je tente vainement de parler mais ce ne sont que des cris qui s'échappent, impossible de m'exprimer!!
Les larmes coulent, la moitié m'étouffe la gorge, je ne comprends que trop bien ce qui m'arrive. Trente neuf ans ce n'est pas possible, pas à mon âge! Et pourtant ce sont les symptômes.
"Non ma grande tu ne te trompes pas."
Alors je me concentre, je me rassemble pour ne pas céder à la panique et ne pas paniquer les miens. Nathalie souviens toi les séances de yoga, la relaxation.
Pascal lui de son côté appelle le centre 15, le SAMU...




