Une page de vie !

Une page de vie !
Juillet 2002,

Il fait chaud en ce mois de juillet, je suis fatiguée. Très fatiguée. Chaque jour je me demande comment je vais faire pour continuer à travailler. Et chaque jour, je me fais violence pour repartir.
Le service est difficile. Six patients , tous hospitalisés sous contrainte (contre leur grès). Ils sont mal, très mal. Cinq agités, délirants, dangereux. Mon coéquipier est en congé, je travaille avec d'autres collègues, des femmes qui font parties du pool (elles n'ont pas de poste fixe,elles tournent).Chaque jour j'en ai une différente. Autant dire que la charge de travail et la responsabilité retombe sur ma propre personne. Les nuits sont agitées...pas un ne reste en place.
L'un d'eux me dit un jour, dans un déluge de paroles incompréhensibles :
"Nathalie, je vous aime bien, ....je vous respecte,...vous êtes juste... correcte ...et gentille... mais faites quelque chose...je vous en prie,...je vous reconnais encore...mais bientôt j'ai peur de ne plus le faire...et je ne sais pas de quoi je suis capable...je ne voudrai pas vous faire du mal..."
Sa chambre est tapissée de graphitis faits avec de la confiture et de ses excréments.
Deux autres viennent de prison, l'un pour meurtre, l'autre braquage avec violence, ils présentent des troubles du comportement qui nécessitent une hospitalisation en psychiatrie car il n'y a pas d'obligation de soins en prison. Et une femme, une vraie furie,elle est en pleine phase maniaque (c'est une bipolaire)...
Fin juillet mon collègue revient. Ouf, un homme ça fait du bien. Il en impose, les repères sont différents.
C'est un mâle tout simplement.
Le service reste agité mais les tensions ne sont plus les mêmes .

-nuit du 25 au 26 juillet, dernière nuit avant trois nuit de repos,

26 juillet au matin,je rentre, je me couche, je cherche le sommeil en vain et lorsque je le trouve, un voisin met en route une tronçonneuse qui fonctionnera toute la matinée. Impossible de dormir... Je me lève furieuse et complètement vanée. Je traîne comme un rat mort toute la sainte journée. Le soir arrive, même couchée de bonne heure imposible de trouver le sommeil..., trop de fatigue accumulée...
Finalement ,il arrive ce sommeil salvateur...

Samedi 27 juillet (c'est la Sainte Nathalie) Nous nous réveillons doucement, mon mari se lève nous fait le café et me l'apporte au lit comme d'habitude.
Nous prévoyons de partir pour le week-end, faire un breck, un avant goût des congés...
Se retrouver, loin de tout...
Nous plaisantons, nous appelons les filles ,Pascal va nous rechercher un deuxième café, je m'attarde au lit.

...Ma main ...une sensation étrange, comme endormie ...mon bras,...ma jambe...
" Bouges toi ma fille, allé secoues toi..."
J'appelle aucun son ne sort de ma bouche, la moitié de mon visage est endormi!...
Tout mon côté droit est paralysé !!!
Deux minutes ne se sont pas écoulées !!!
Pascal revient tasses à café à la main! "Qu'as-tu? Tu as mal à une dent ta lèvre est de travers?!"
Seul un cri roque sort de ma bouche, je tente vainement de parler mais ce ne sont que des cris qui s'échappent, impossible de m'exprimer!!
Les larmes coulent, la moitié m'étouffe la gorge, je ne comprends que trop bien ce qui m'arrive. Trente neuf ans ce n'est pas possible, pas à mon âge! Et pourtant ce sont les symptômes.
"Non ma grande tu ne te trompes pas."
Alors je me concentre, je me rassemble pour ne pas céder à la panique et ne pas paniquer les miens. Nathalie souviens toi les séances de yoga, la relaxation.

Pascal lui de son côté appelle le centre 15, le SAMU...

# Posté le mardi 19 juin 2007 05:02

Modifié le lundi 06 juillet 2009 08:03

suite...

suite...
Mon mari ne se sent pas bien lui non plus. Ses jambes se dérobent, un grand vide l'envahit.
Il sent le danger..., alors, attendant la communication, il s'allonge à côté de moi.
Pourvu qu'il tienne le coup! Lui qui fait des malaises vagal à la moindre émotion... Le médecin qui décroche au bout du fil le ramène à la réalité et demande de décrire les symptomes. Je vous envois quelqu'un immédiatement!
Alors le voilà rassuré.

Flore crit dans le jardin, elle a dix ans, c'est grave elle le sent, elle le sait...
"Maman..., maman...,pourquoi maman!!!..."
Ludivine est à mon chevet, elle a quatorze ans, elle me tient la main, me rassure mais son regard est inquiet.
Je lui demande , enfin, je lui fait signe de la main gauche de faire taire sa soeur.
Il n'est pas nécessaire d'alerter le voisinage ... Je ne veux que nous...
Pascal est là. Il me sourit...Tente de me rassurer . Moi aussi je lui souris...

J'ai froid ,si froid... Je m'enfonce. Jusqu'où vais-je aller? L'inévitable? Elle est là, je la sens...
Et ce froid qui n'en finit pas..., je grelotte à en claquer des dents. Et il fait déjà passé trente degrés dehors à huit heures trente ce matin.
Alors Pascal se colle à moi désespérément pour me réchauffer mais rien n'y fait.
Et puis je ne sens plus son contact ...
Alors, je me pince avec ma main valide, je ne sens plus rien maintenant...
Je suis prisonnière de mon corps. Mon esprit est vif et mon corps ne répond plus.
C'est une sensation indéfinissable... Un sentiment d'impuissance...

...je ne sais plus ... je suis perdue...

La petite chienne effrayée est tapie sous le lit, sous ma tête.

Cinq minutes plus tard les secours sont là SAMU et pompiers.

Le médecin pose des questions auxquelles je ne peux répondre. Mon mari le fait et précise que je suis du métier, qu'il n'est pas nécessaire de cacher quoi que ce soit , je sais ce que j'ai...
Cela les détend eux aussi.
Ils sont cools. Afférés mais cools et tellement sympa...

"Bon je te tutoies si tu veux bien, tu t'appelles comment?"
Je rassemble mes forces, Dieu que c'est difficile...
"Nnnaaatth....aaalie" dis-je peiniblement, mais qu'elle victoire!!!
J'ai réussi à sortir un mot!
"Allé ma chérie, tu verras ça va bien ce passer, tu as de la chance que ton mari soit intervenu de suite , c'est cela qui va te sauver!"
Oui d'accord, à condition que mon état ne se dégrade encore... Qui peut le dire?.... pensais-je.
J'essaie de sourire. Pour les miens , pour ces personnes qui sont là pour moi.
C'est idiot je sais mais... c'est pour moi aussi.
Ils me font déjà un bilan, me scope, quelques tests de réactivité , préviennent le service de réa qui me recevra de se tenir pret, nous partons.
Pas le temps de dire au revoir aux filles qui me regardent ,interdites partir sur le brancard et m'engouffrer dans le camion du SAMU.
Le camion part, suivi des pompiers et de Pascal.
Les filles restent à la maison , leur grand -mère doit arriver avec une de leur tante.

# Posté le mardi 19 juin 2007 05:26

Modifié le lundi 06 juillet 2009 08:08

suite...

suite...
Dans le camion, le médecin et l'infirmière restent à mes côtés, me mettent le masque à oxygène.
Nous partons.
Seule, je me sens isolée dans mon monde intérieur. Alors, je fais signe au médecin et prononce .

" main !" Tendant la main valide.
"Oui !" Dit-elle.
"Tu as peur? C'est normal."
Dit-elle encore me caressant le visage. Si elle savait le bien qu'elle me fait...
"Je te tiendrai la main jusqu'au bout, on es là, tu verras, ça ira...ça ira..."

Son sourire me fait du bien. Le moindre geste et si fort, si important pour moi.
Le forgon démarre.
...
Mon état ne bouge plus semble-t-il, il se stabilise... Oui ,il se stabilise.
Bon , peut-être que je m'en sortirai en fin de compte. Mais comment? Dans quel état? Paralysée surement. Comment pourrait-il en être autrement?
Comment allons nous faire?
Oh, c'est très simple. On adaptera la maison au fauteuil roulant, j'irai à la rééducation, puis si je termine avec une canne et bien je m'adapterai.
Je ne veux personne à la maison pour le ménage où les courses.
Je m'adapterai.
On achètera une voiture adaptée à mon handicap, je resterai indépendante. Et puis je ferai une formation pour reprendre le travail, je ferai autre chose, il y a toujours moyen de repartir différente mais libre ...
Toujours, toujours...
Oui il le faut pour moi d'abord. Je refuse l'assistanat, je ne supporterai pas.
Et puis pour Pascal, pour lui...
Pour les filles aussi pour leur montrer que même dans les moment difficiles on peut toujours s'en sortir. Oui, on peut...
Elles sont à la maison inquiètes angoissées , je les imagine... recroquevillée sur elles même, collées l'une à l'autre.
Il faut nourire leur envie de vivre, leurs forces de vie.
En l'espace de quelques minutes, je solutionnais et reconstruisais toute ma vie...

Cinq minutes seulement il a fallu pour faire 15 km et arriver à l'Hôpital de la Timone.
Il est neuf heures.
On ouvre les portes ,le médecin me dis :

"Ma chérie je vais te laisser, je suis obligée de te lacher mais je te laisse entre les mains de l'infirmière anesthésiste. D'accord?
Tu es courageuse ma grande, tu gères bien tu sais, tu n'as pas cédé à la panique. Peu de gens y arrivent.
Courage! Allé au revoir..."

Mon Dieu ... Si elle savait comment je suis ... Courageuse, le mot raisonne dans ma tête, ai-je le choix? ...Ohlala sa main me lache... J'ai peur (où est le courage ici) oui mais je ne réalise pas encore à se moment là. Concentres toi ma grande , relaxe.
Le brancard passe de mains à d'autres. Les pompiers sont toujours là, il me regardent partir, ils nous ont accompagné. D'habitude il ne le font pas!
Pascal est déjà là lui aussi .Mais comment a-t-il fait pour aller aussi vite?!
Il me regarde, me lache pas du regard , moi non plus ses yeux sont la main...Le support , la vie...
L'infirmière et le chef du service sont présents, ils me sourient. Le regard préocupé mais souriant. Elle (l'infirmière) me reprend la main me rassures.

"Alors tu es infirmière toi aussi? Tu es de la maison? Tu vas voir on va faire vite et puis ça ira tu verras tu t'en sortira.Nathalie c'est ça? Ca te dérange pas que je te tutois?
Allé ma puce courage , nous sommes la pour toi!"

Ils m'enmènent...Pascal, son regard, il est angoissé mais affiche toujours un sourire. Sourire contrain et perdu cette fois. Le pauvre!! Nous ne nous quittons pas. Ne t'inquiète pas mon amour, je m'en sortirai, je ne sais pas dans quel état mais je m'en sortirai pour toi pour nous me disais-je dans ma tête...

Et nous partons l'infirmière et moi dans les couloirs et les ascenceurs, les larmes coulent maintenant, tranquilles avec retenue pour ne pas céder à la panique mais elles s'écoulent...

"Qu'as-tu?"
Je fais signe que je ne sais pas!...
"C'est la peur! tu as peur ! Allé courage va."

Peur? Pourtant je n'en ai pas l'impression... C'est un drôle de sentiment cette peur là ! Je me sens surtout pas grand chose pour ne pas dire rien du tout .Une chose impersonnelle surtout entre les mains de personnes que je ne connais pas mais entre lesquelles je remet ma vie. Je n'en ai pas le choix.

# Posté le mardi 19 juin 2007 05:29

Modifié le lundi 06 juillet 2009 08:12

suite...

suite...
Nous quittons les méandres des couloirs pour arriver dans ma chambre en réa. On me déshabille pour me mettre une chemise de malade.
Le médecin chef est là , il m'explique tenant ma main (toujours le fil...) ce que l'on va me faire. Je l'écoute attentivement, mais je sais déjà...Il n'y a pas de surprise. Sa voix est calme, assurée, rassurante. Le regard est attentif, préocupé mais apaisant.

Puis nous repartons dans le dédale de couloirs.

Mais avant je rassemble mes forces.
"-Mon mari...seul......"
-On s'en occupe ne vous inquiètez pas." Me dit-on.
J'entends une voix qui dit la Dame s'inquiète pour son mari quelqu'un peut s'en charger?

On m'installe pour le scanner,puis nous repartons dans la salle suivante pour l'IRM ,une autre ensuite pour l'angiographie, l'artériographie. Là on m'instale un cathéter dans la fémorale afin de m'envoyer un produit de contraste pour localiser le caillot .
Ca va faire un peu mal me dit l'interne. Même pas, je suis anesthésiée de ce côté. On peut me couper en morceaux je ne sentirai rien...

Pascal s'occupe t-on de lui?...

Les examens passés, nous repartons...

11heures30: Je réintègre ma chambre. L'infirmière s'affère autour de moi, on me branche la seringue autopulsée à Héparine (anticoagulant).
Le médecin chef est de nouveau présent.

"C'es un AVC, cela vous vous en doutiez, maintenant l'héparine devrait agir assez vite. Vous le savez, nous avons 3 heures pour agir passé ce délais nous allons vers des séquelles irréversibles. Je ne vous apprends rien. Hors ici, nous sommes dans les temps,de plus le caillot n'est pas très gros. J'espère qu'il n'y en a pas d'autres. S'il y en a, votre situation serait momentanément agravé mais étant sous anti coagulant cela ne serait que provisoire.
Nous avons donc bon espoir.
Allé je vais voir votre mari, je vais le chercher et l'autoriser à rester à votre chevet, cela le rassurera.
Je suis déjà allé le voir pour lui expliquer. L'infirmière et l'aide soignante ce sont relayées auprès de lui."

Son visage et plus serein à lui aussi.
Je ne peux répondre.
Je suis émue de tant d'attention...

On termine de m'installer et Pascal entre. Il est heureux...Il se présente comme un enfant impressionné et timide...
Le médecin nous dit encore quelques mots d'encouragement et nous laisse.
Alors il s'assoit à mon côté et prend ma main "endormie"...

"Nous voilà enfin réunis. Je ne te quitte plus. Ca va allé tu verras.
Je vais stopper mes cours, j'arrête la formation . Et je m'occupe de toi."

Je ne peux répondre, mais je ne veux pas, il n'en ai pas question.
Nous attendons... le temps passe...
Je tente de bouger ma mains, mon pied, je me concentre dessus... Rien...
Pascal m'observe, il scrutte ma main dans la sienne.
Une demi heure est passée, le médecin revient:
"Alors toujours rien? Normalement il devrait se passer quelque chose...Je reviens d'ici quelques minutes."
Nous attendons encore.
"Tu as bougé ,regardes ton pied tu as bouger !" S'écrit Pascal
Oui en effet, puis vient la jambe, la main, le visage revient doucement, je le sens.
Le médecin revient 10 min plus tard.

-"Alors?
-C'est bon, regardez! Rétorque que mon mari, soudain souriant et libéré."
Nous sourions tous les trois...
-Bien, bien c'est en bonne voix,tout va bien se passer maintenant. Allé, je vous laisse à toute à l'heure!
Alors, je tente de m'exprimer. J'ai la sensation d'avoir une pomme de terre chaude dans la bouche.
-"Je ne veux pa que tu arrètes tes études pour moi tu entends, tu continues tu as compris!
-Mais comment va-t-on faire?
-Nous verrons bien, pour le moment nous n'en sommes pas là. Nous verrons dans quel état je serai en sortant.
-Comme tu veux!

Le soir même je faisais d'énormes efforts pour manger seule. Je voulais savoir qu'elles étaient mes facultés. Ce qu'il me restait. Je n'avais plus de forces et je mettais autant dans ma bouche que sur moi. Mon mari voulait absolument m'aider en vain.
J'y arriverai!...
Une heure pour tout finir et le garde manger sur moi, lol !
Enfin...pas grave je suis indépendante.
Mais quelle fatigue ensuite! J'ai l'impression d'avoir participé à un marathon. Ouf !!!

Je restais 48 heures en réanimation, et je passais ensuite en service de neurologie pour encore une semaine.
Les jours qui suivirent la sortie de réa, je me redécouvrais peu à peu.
Mon côté droit reste faible, je n'ai plus de force.
Faire ma toilette est peinible, je n'arrive pas à lever la main il me faut m'aider de la gauche.
Me maquiller impossible.
Ecrire, on dirait un enfant de 4 ans.
Lire, je dois reprendre plusieurs fois la même phrase, la mémoire ne fixe pas... Impossible de me souvenir du début d'une phrase lorsque j'arrive à la fin, voir au milieu...
Parler, je fais de l'aphasie. Je cherche mes mots. Je les ai dans ma tête, je les vois orthographiés mais je n'arrive pas à les prononcer...
Plus de goût, plus d'odorat...
Emotionellement, je suis fébrile, je pleurs facilement...
J'ai besoin de parler,parler encore... pour évacuer...

# Posté le mardi 19 juin 2007 05:32

Modifié le lundi 06 juillet 2009 08:17

bilan

bilan
Neuf jours après mon entrée à l'hôpital, je sortais sur mes deux jambes !
Sur la lettre de sortie était stipulé:
" Infarctus cérébral de type AIT (accident ischémique transitoire) .
La patiente sort sans séquelles"...
Et j'ai coutume de rajouter "apparentes..."

Le jour de ma sortie, retour à la maison, je suis épuisée...
les jours et les mois qui suivront seront difficiles, je me comparerais à une batterie de voiture déchargée. Chaque fois que je pense pouvoir faire un certain nombre de choses , j'en paye le prix le lendemain et les jours suivants.
Je resterai en arrêt de travail durant une année.
Pendant ce temps:
-6 mois pour retrouver le goût et l'odorat.
-autant et même un peu plus pour les mouvements fins comme l'écriture. La première fois que je me remis à l'écriture je m'exerçais à la calligraphie (1 mois après ma sortie). J'en ai eu des douleurs atroces dans tout le bras et le cou durant trois jours... sans compter la fatigue qui a suivie...
- pour la rentrée scolaire, ma voisine conduisait Flore à l'école avec son fils, Ludivine c'était son père. Il ne restait plus qu'à aller les chercher l'après midi. Je me rendais compte alors que j'étais agoraphobe. La foule et le monde me rendaient vertigineuse alors je m'isolais dans un coin sans parler à personne. Chaque jour je me faisais violence.
-La conduite de la voiture me demandait un attention particulière et me vidait à chaque fois.
Je rentrais à la maison et me couchais ensuite pendant deux heures.
-Les courses jamais seule et je bannissais les grandes surfaces qui me donnaient de droles de sensations au niveau du cerveaux . Comme des exitations désagréables...
-La piscine, avant l'accident j'avais l'habitude de faire 2 à 3 km de natation par semaine. Alors je décidais de m'y remettre.
La première fois que j'y retournais, Dieu que j'étais bien.
Je nageais, nageais... 100-500m puis 800m, je ne sentais pas ma fatigue!!! Ohlala que c'était bon... J'affichais un sourire béat...
Ludivine me dit :
-"Maman ,je crois que tu devrais peut-être arréter là tu sais d'habitude un rien te met dans un état pas possible. Là ce n'est pas normal que tu sois autant en forme tu sais...
-Oui chérie , je crois que tu as raison!"
Nous rentrons donc à la maison.
En fait , arrivée, je n'étais plus que l'ombre de moi même. Je m'affale dans le canapé. Une heure après . Pascal est obligé de m'aider à me lever. Je gémis des douleurs atroces qui me taraudent le corps. Jamais de ma vie je n'ai ressenti cela. Pourtant les douleurs lombaires je connais, j'ai aussi des soucis de ce côté. Mais ici, je suis brisée. Je suis douloureuse de la racines des cheveux jusqu'aux orteils, aucune partie de mon corps n'est exclue. Des larmes de douleurs et d'anéantissement moral s'échappent. Je sanglotte comme une petite fille.
Cet explois je le paierais durant quinze jours.
le lendemain , couchée toute la journée, le surlendemain aussi, les jours suivants, je n'étais capable que de faire ma toilette et m'habiller sur toute ma journée.
-les jours où je ne pouvais rien faire, je me suis surprise à voir passer les journées à une vitesse grand V sans rien faire que m'assoir, regarder le ciel, les arbres, les oiseaux, sentir le vent, l'écouter...Dieu que tout cela est beau... Il n'y a rien de plus beau...
Je passais parfois des journées entières à regarder la nature , de ma fenètre ou dans mon jardin sous l'amandier ou le mimosa...
Je suis devenue également une adepte de la télé, ne pouvant lire ma mémoire toujours défaillante, je regardais les reportages animaliers, la migration des gnous,le mode vie des lions,la chasse des crocodiles, le voyage pour le cimetière des éléphants...lol !!! J'en passe et des meilleures.
-Ma mémoire n'en parlons pas, j'ai perdue la mémoire de fixation. J'oublie tout.
Ce que l'on me dit, ce que j'ai fait ou pas, où j'ai posé les choses, les mots,...toujours cette aphasie... Cela en est effrayant.
Si cela persiste comment serais-je agée? Si je perd la tête en plus mon Dieu, je n'ose y penser...

Durant toute cette année, je me suis rendue compte que chaque période de progrés pouvait à tout moment regresser au point précédent.
Le moral en prenait un coup à chaque fois. Sans savoir comment j'allais récupérer ni dans combien de temps et si j'allais récupérer un jour?...
Il me fallait progresser mais sans forcer, laisser revenir les choses peu à peu. Car il suffisait que j'exige plus pour regresser et reprendre mais plus lentement encore.
Et le plus difficile dans tout cela c'est que je ne pouvais savoir par avance jusqu'où je pouvais repousser mes limites...

Enfin à l'issu de cette année, je reprend le travail à mi temps thérapeutique pour encore une année.
Nouvelle regression biensur...Normal...Je me demande si je ne vais pas m'arréter encore mais je persiste...

Depuis cinq ans maintenant, je travaille à 80 pour cent. Et je n'en ferai pas d'avantage.
Je refuse de me retrouver dans cet état de fatigue qui m'a conduite là ou je suis passée.

Depuis la pression que j'avais dans la tête a totalement disparue. Ma tête est libre, libérée.
Je dors d'un sommeil de bébé.
J'ai retrouvé toute mes facultés intellectuelles de mémorisation.

Au final il faut trois ans.

Ce qu'il me reste,
-une légère tendinite aux efforts,surtout aux gestes répétitifs à la cheville et au poignet mais c'est rien ça.

Et puis et surtout, une richesse unique qui m'aurait manquée toute ma vie si je ne l'avais pas vécue...
Même si je ne souhaite à personne de vivre de tels moments.
C'est un sentiment très ambivalant en fait ce vécu.
On ne le souhaite pas mais on ne regrette pas ce qu'il nous apporte.
A travers lui , je suis allée à la rencontre de moi même.
Je m'en suis sortie seule.
Et à l'heure de la mise place de cellules d'aides psychologiques suite au moindre traumatisme, ... je n'ai eu que moi même.
J'ai subi, j'ai lutté, j'ai vaincu...
Ce fût un grand moment de vie... Il l'est toujours...

L'épreuve grandit et nourrit...

Enfin j'ai rencontré des gens extraordinaires. Je les remercie pour leur gentillesse et leur grande humanité.

Je remercie d'ailleurs les personnels de santé du Service du Profeseur Grisoli en particulier ceux de Réa ainsi que ceux du Service de Neurologie du Professeur Ali Charif à l' hôpital de la Timone à Marseille

J'ai compris en tant que professionnelle de santé ce que j'apporte aux patients que je soigne. Jusqu'alors, ce qui me semblait normal de donner n'avait pas cette dimension dans mon esprit et n'avait rien d'exceptionnel.
Je n'avais pas pris la mesure du réconfort, de l'encouragement, des gestes simles comme une caresse, prendre la main. Je le faisais spontanément, intinctivement sans savoir le bien que cela apporte...


Je voudrais aussi rajouter ceci,

mon époux, Pascal a continué ses cours, il préparait alors un Master en Urbanisme en formation continue à la Faculté de Droit d'Economie et des Sciences (Paul Cézanne) à Aix en Provence, il avait alors 49 ans.
Deux ans après ,il le réussissait et nous assistions Ludivine, Flore et moi à sa soutenance...
Le titre de son mémoire: "Rendre le Déplacement en Ville Accessible à Tous"
Lui aussi se consacre au handicap depuis 16 ans maintenant au seins de la Ville de Marseille.

Ludivine après une année cahotique réussit à passer au lycée. Elle a vite pris ma place et c'est mise au ménage, aux repas,à prévoir les courses, à gérer le quotidien.

Flore après la crainte de me laisser seule à la maison et les difficultés scolaires rencontrées elle aussi réussit à passer au collège. Elle aussi appris à se gérer et à devenir indépendante.


"Le corps n'est pas une chose. Il est une situation, c'est notre prise sur le monde, il est l'esquisse de nos projets."
Simone de Beauvoir


Voilà cette page d'histoire se termine ici. Je voulais juste apporter un témoignage parmis bien d'autres.
Celui d'une personne ordinaire qui n'a rien d'exceptionnelle mais qui fait de son mieux chaque jour
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# Posté le mardi 19 juin 2007 05:35

Modifié le lundi 06 juillet 2009 08:34