Nous partons.
Seule, je me sens isolée dans mon monde intérieur. Alors, je fais signe au médecin et prononce .
" main !" Tendant la main valide.
"Oui !" Dit-elle.
"Tu as peur? C'est normal."
Dit-elle encore me caressant le visage. Si elle savait le bien qu'elle me fait...
"Je te tiendrai la main jusqu'au bout, on es là, tu verras, ça ira...ça ira..."
Son sourire me fait du bien. Le moindre geste et si fort, si important pour moi.
Le forgon démarre.
...
Mon état ne bouge plus semble-t-il, il se stabilise... Oui ,il se stabilise.
Bon , peut-être que je m'en sortirai en fin de compte. Mais comment? Dans quel état? Paralysée surement. Comment pourrait-il en être autrement?
Comment allons nous faire?
Oh, c'est très simple. On adaptera la maison au fauteuil roulant, j'irai à la rééducation, puis si je termine avec une canne et bien je m'adapterai.
Je ne veux personne à la maison pour le ménage où les courses.
Je m'adapterai.
On achètera une voiture adaptée à mon handicap, je resterai indépendante. Et puis je ferai une formation pour reprendre le travail, je ferai autre chose, il y a toujours moyen de repartir différente mais libre ...
Toujours, toujours...
Oui il le faut pour moi d'abord. Je refuse l'assistanat, je ne supporterai pas.
Et puis pour Pascal, pour lui...
Pour les filles aussi pour leur montrer que même dans les moment difficiles on peut toujours s'en sortir. Oui, on peut...
Elles sont à la maison inquiètes angoissées , je les imagine... recroquevillée sur elles même, collées l'une à l'autre.
Il faut nourire leur envie de vivre, leurs forces de vie.
En l'espace de quelques minutes, je solutionnais et reconstruisais toute ma vie...
Cinq minutes seulement il a fallu pour faire 15 km et arriver à l'Hôpital de la Timone.
Il est neuf heures.
On ouvre les portes ,le médecin me dis :
"Ma chérie je vais te laisser, je suis obligée de te lacher mais je te laisse entre les mains de l'infirmière anesthésiste. D'accord?
Tu es courageuse ma grande, tu gères bien tu sais, tu n'as pas cédé à la panique. Peu de gens y arrivent.
Courage! Allé au revoir..."
Mon Dieu ... Si elle savait comment je suis ... Courageuse, le mot raisonne dans ma tête, ai-je le choix? ...Ohlala sa main me lache... J'ai peur (où est le courage ici) oui mais je ne réalise pas encore à se moment là. Concentres toi ma grande , relaxe.
Le brancard passe de mains à d'autres. Les pompiers sont toujours là, il me regardent partir, ils nous ont accompagné. D'habitude il ne le font pas!
Pascal est déjà là lui aussi .Mais comment a-t-il fait pour aller aussi vite?!
Il me regarde, me lache pas du regard , moi non plus ses yeux sont la main...Le support , la vie...
L'infirmière et le chef du service sont présents, ils me sourient. Le regard préocupé mais souriant. Elle (l'infirmière) me reprend la main me rassures.
"Alors tu es infirmière toi aussi? Tu es de la maison? Tu vas voir on va faire vite et puis ça ira tu verras tu t'en sortira.Nathalie c'est ça? Ca te dérange pas que je te tutois?
Allé ma puce courage , nous sommes la pour toi!"
Ils m'enmènent...Pascal, son regard, il est angoissé mais affiche toujours un sourire. Sourire contrain et perdu cette fois. Le pauvre!! Nous ne nous quittons pas. Ne t'inquiète pas mon amour, je m'en sortirai, je ne sais pas dans quel état mais je m'en sortirai pour toi pour nous me disais-je dans ma tête...
Et nous partons l'infirmière et moi dans les couloirs et les ascenceurs, les larmes coulent maintenant, tranquilles avec retenue pour ne pas céder à la panique mais elles s'écoulent...
"Qu'as-tu?"
Je fais signe que je ne sais pas!...
"C'est la peur! tu as peur ! Allé courage va."
Peur? Pourtant je n'en ai pas l'impression... C'est un drôle de sentiment cette peur là ! Je me sens surtout pas grand chose pour ne pas dire rien du tout .Une chose impersonnelle surtout entre les mains de personnes que je ne connais pas mais entre lesquelles je remet ma vie. Je n'en ai pas le choix.
