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Nous quittons les méandres des couloirs pour arriver dans ma chambre en réa. On me déshabille pour me mettre une chemise de malade.
Le médecin chef est là , il m'explique tenant ma main (toujours le fil...) ce que l'on va me faire. Je l'écoute attentivement, mais je sais déjà...Il n'y a pas de surprise. Sa voix est calme, assurée, rassurante. Le regard est attentif, préocupé mais apaisant.

Puis nous repartons dans le dédale de couloirs.

Mais avant je rassemble mes forces.
"-Mon mari...seul......"
-On s'en occupe ne vous inquiètez pas." Me dit-on.
J'entends une voix qui dit la Dame s'inquiète pour son mari quelqu'un peut s'en charger?

On m'installe pour le scanner,puis nous repartons dans la salle suivante pour l'IRM ,une autre ensuite pour l'angiographie, l'artériographie. Là on m'instale un cathéter dans la fémorale afin de m'envoyer un produit de contraste pour localiser le caillot .
Ca va faire un peu mal me dit l'interne. Même pas, je suis anesthésiée de ce côté. On peut me couper en morceaux je ne sentirai rien...

Pascal s'occupe t-on de lui?...

Les examens passés, nous repartons...

11heures30: Je réintègre ma chambre. L'infirmière s'affère autour de moi, on me branche la seringue autopulsée à Héparine (anticoagulant).
Le médecin chef est de nouveau présent.

"C'es un AVC, cela vous vous en doutiez, maintenant l'héparine devrait agir assez vite. Vous le savez, nous avons 3 heures pour agir passé ce délais nous allons vers des séquelles irréversibles. Je ne vous apprends rien. Hors ici, nous sommes dans les temps,de plus le caillot n'est pas très gros. J'espère qu'il n'y en a pas d'autres. S'il y en a, votre situation serait momentanément agravé mais étant sous anti coagulant cela ne serait que provisoire.
Nous avons donc bon espoir.
Allé je vais voir votre mari, je vais le chercher et l'autoriser à rester à votre chevet, cela le rassurera.
Je suis déjà allé le voir pour lui expliquer. L'infirmière et l'aide soignante ce sont relayées auprès de lui."

Son visage et plus serein à lui aussi.
Je ne peux répondre.
Je suis émue de tant d'attention...

On termine de m'installer et Pascal entre. Il est heureux...Il se présente comme un enfant impressionné et timide...
Le médecin nous dit encore quelques mots d'encouragement et nous laisse.
Alors il s'assoit à mon côté et prend ma main "endormie"...

"Nous voilà enfin réunis. Je ne te quitte plus. Ca va allé tu verras.
Je vais stopper mes cours, j'arrête la formation . Et je m'occupe de toi."

Je ne peux répondre, mais je ne veux pas, il n'en ai pas question.
Nous attendons... le temps passe...
Je tente de bouger ma mains, mon pied, je me concentre dessus... Rien...
Pascal m'observe, il scrutte ma main dans la sienne.
Une demi heure est passée, le médecin revient:
"Alors toujours rien? Normalement il devrait se passer quelque chose...Je reviens d'ici quelques minutes."
Nous attendons encore.
"Tu as bougé ,regardes ton pied tu as bouger !" S'écrit Pascal
Oui en effet, puis vient la jambe, la main, le visage revient doucement, je le sens.
Le médecin revient 10 min plus tard.

-"Alors?
-C'est bon, regardez! Rétorque que mon mari, soudain souriant et libéré."
Nous sourions tous les trois...
-Bien, bien c'est en bonne voix,tout va bien se passer maintenant. Allé, je vous laisse à toute à l'heure!
Alors, je tente de m'exprimer. J'ai la sensation d'avoir une pomme de terre chaude dans la bouche.
-"Je ne veux pa que tu arrètes tes études pour moi tu entends, tu continues tu as compris!
-Mais comment va-t-on faire?
-Nous verrons bien, pour le moment nous n'en sommes pas là. Nous verrons dans quel état je serai en sortant.
-Comme tu veux!

Le soir même je faisais d'énormes efforts pour manger seule. Je voulais savoir qu'elles étaient mes facultés. Ce qu'il me restait. Je n'avais plus de forces et je mettais autant dans ma bouche que sur moi. Mon mari voulait absolument m'aider en vain.
J'y arriverai!...
Une heure pour tout finir et le garde manger sur moi, lol !
Enfin...pas grave je suis indépendante.
Mais quelle fatigue ensuite! J'ai l'impression d'avoir participé à un marathon. Ouf !!!

Je restais 48 heures en réanimation, et je passais ensuite en service de neurologie pour encore une semaine.
Les jours qui suivirent la sortie de réa, je me redécouvrais peu à peu.
Mon côté droit reste faible, je n'ai plus de force.
Faire ma toilette est peinible, je n'arrive pas à lever la main il me faut m'aider de la gauche.
Me maquiller impossible.
Ecrire, on dirait un enfant de 4 ans.
Lire, je dois reprendre plusieurs fois la même phrase, la mémoire ne fixe pas... Impossible de me souvenir du début d'une phrase lorsque j'arrive à la fin, voir au milieu...
Parler, je fais de l'aphasie. Je cherche mes mots. Je les ai dans ma tête, je les vois orthographiés mais je n'arrive pas à les prononcer...
Plus de goût, plus d'odorat...
Emotionellement, je suis fébrile, je pleurs facilement...
J'ai besoin de parler,parler encore... pour évacuer...

# Posté le mardi 19 juin 2007 05:32

Modifié le lundi 06 juillet 2009 08:17

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